Je commence à peine à appréhender le milieu queer et déja je me sens en phase sur les questions de genre, de sexe, de sexualité et de féminisme mais en opposition, parfois radicale, avec le volant économique présupposé.
Le queer, pour faire un résumé très simple et réducteur, découple les notions de sexe (identité biologique), genre (identité sociale) et sexualité (orientation) et surtout débinarise ces notions : il n'y a pas que des mâles et des femelles mais aussi des intersexes, que des hommes ou des femmes mais aussi des transgenres, qui peuvent (ou pas) être transexuels (ou pas) et on est pas obligés de choisir entre homo et hétérosexualité. Ces clivages (ou hétérosexisme) sert une certaine société où les hommes mâles masculins hétéros ont possession des femmes féminines femelles et toutes les autres identités d'humains sont niées.
Cette théorie a évidemment un volet politique fort, seulement j'en ai assez de le lire toujours associé à la lutte contre le néo-libéralisme (sic). J'ai mis un certain temps à comprendre comment une théorie qui découple autant (sexe, genre, sexualité) se permet d'allègrement coupler de l'autre côté.
Après réflexion, je me suis dit que cela venait du fait que le queer, selon moi, analyse beaucoup la société à travers le prisme des rapports de pouvoir. Ainsi, le clivage homme/femme est pensé analogiquement avec d'autres oppositions, comme occidental/reste du monde, blanc/noir, riche/pauvre. Mes connaissances en géopolitique et en racisme étant malheureusement limitées, je ne saurais m'aventurer sur ces terrains, mais j'ai une légère formation en économie donc je vais pouvoir expliquer mon désaccord.
Autant il m'est facile de voir les mécanismes de pouvoir dans les rapports homme/femme (échange entre homme des femmes objectisées par le mariage, l'échange étant "signé" par le changement de patronyme, par exemple), autant voir des rapports d'exploitation dans le champ économique m'est plus difficile. J'ai bien en tête les personnes chinoises "manquantes", c'est-à-dire cachées car ne correspondant pas à la politique de l'enfant unique, mais les schémas exploitatifs "traditionnels" me semblent des approximations grossières. Je vais essayer de critiquer celles qui me viennent en tête.
Les patrons exploitent les travailleurs !
D'une part, de grossières approximations sont faites. Travailleur et salarié ne sont pas des synonymes. Sinon, cela voudrait dire que les patrons ne travaillent pas, ni les personnes exerçant des professions libérales non plus d'ailleurs. Il y a aussi la même version avec actionnaire à la place de patron, mais là aussi, depuis quand toutes les entreprises ont des actionnaires, depuis quand aucun salarié n'a d'actions de sa boîte et surtout, depuis quand seuls les patrons ont des actions ? Le gros des actions ne sont pas détenues par des particuliers mais des sociétés (banques, fond de pension, assurances) ce qui fait qu'en réalité, tout le monde est actionnaire, au moins dans les pays riches (j'ai l'impression que la grande majorité des gens ont des livrets d'épargne, même petits, et/ou ont une assurance privée, mais peut-être est-ce une énorme erreur). D'autre part, la relation employant/employé n'est pas uniquement un rapport domination/soumission. Des patrons emploient des personnes car ils ont besoin d'elles, de même qu'elles ont besoin d'un travail. S'il y a besoin mutuel, c'est que la relation est normalement une coopération où tout le monde est gagnant. Bien sûr, il arrive que ce rapport de force est déséquilibré : quand trop de personnes veulent un travail ou un certain type de travail ou inversement, quand sont recherchées des types de personnes pas assez présent dans la population ou qu'il n'y a pas assez de main-d'oeuvre. Je ne développerai pas maintenant comment je pense qu'on peut règler ce déséquilibre et d'ailleurs je n'ai pas la prétention d'avoir la solution.
Les fonds de pension rachètent des entreprises pour licencier car ils ne pensent qu'aux profits à court terme !
Il faudra qu'on m'explique pourquoi un fond de pension, qui gère de l'argent servant à financer des retraites, peut avoir une logique à court terme. Je ne sais pas vous, mais moi si je dois capitaliser pour ma retraite, je le ferai des années avant la date supposée. Le soucis peut plus venir à mon avis d'un déséquilibre actifs/retraités mais il s'agit du même soucis que pour la retraite par répartition.
Les pays du Nord exploitent les pays du Sud en leur volant leurs matières premières !
Quand des entreprises étrangères valorisent des matières premières dans un pays, c'est généralement que ce pays ne s'en était pas soucié avant. Si c'est un rachat d'entreprise, franchement, ça change quoi la nationalité de l'employeur ? (surtout que la notion de nationalité d'entreprise n'a plus aucune réalité). Il y a sans doute de nombreuses histoires d'abus que je ne connais pas, mais en revanche je sais que ce qu'il fait le plus mal aux pays en développement, ce ne sont pas ce que leur achète les pays développés mais plutôt ce qu'ils leur vendent. A savoir, les produits agricoles à prix cassés à grands coups de subventions faramineuses qui empêchent le décollement agricole de ces pays.
Le libre-échange est l'arme utilisée par les pays riches contre les plus pauvres !
Comme je viens de le dire, c'est plutôt les procédés injustes (subventions) qui pénalisent le plus les pays pauvres. Ouvrir les marchés justement (c'est-à-dire sans subventions) permettrait le développement des pays du Sud. De plus, les pays du Nord auraient plus besoin des pays du Sud, par un système d'interdépendance, ce qui changerait les rapports de pouvoir
De toute manière, ce qui fonde mes opinions économiques, en-dehors de ce que je trouve le plus efficace, c'est la notion de liberté. J'ai du mal à comprendre comment les personnes pourraient être libre d'être ou aimer qui elles veulent, de vivre dans le pays qu'elles souhaitent mais que les entreprises soient engluées par des règles. J'aimerais un espace Shengen mondial : libre circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services partout sur la planète, la liberté des personnes ne se limitant pas uniquement à la circulation d'ailleurs. Je suis donc libertarienne, une position que je ne retrouve malheureusement représentée par aucune association ou parti politique pour le moment.
Libellés : politique, queer, économie