Compte-rendu de la conférence de Philippe Brunner à ENTIORE le 24 novembre. Merci à lui pour la relecture critique de l’article.
Chapitre 1 : Les subprimes
Les NINJAS
Au commencement, il y a la situation économique américaine au début des années 2000. Le taux d’intérêt de la Fed, banque centrale américaine est de 1%, ce qui est très bas et l’endettement est élevé. C’est une situation favorable à l’immobilier. Seulement, tout le monde n’est pas solvable, ou prime et ne peut donc accéder à la propriété. Il y a aussi les pauvres américains, les NINJAS, personnes sans revenus, sans boulot et sans patrimoine. Donc non-solvables. Donc subprimes.
Le NINJA est donc non-solvable, mais sa maison, est-ce qu’elle ne pourrait pas se financer elle-même ? Avec une « inflation immobilière» de 15% et un taux d’intérêt à 1%, il semblerait bien que si.
Les banques proposent alors aux NINJAS des prêts à taux variable, qui serait celui de la Fed plus un certain pourcentage en fonction du niveau de risque. Généralement, de l’ordre de 3% supplémentaires ou 300 « points de base ». Mais pour donner à la maison le temps de prendre de la valeur, le remboursement du capital et le taux supplémentaire sur le remboursement ne sont ajoutés qu’après 3, 4, ou 5 ans. Cela signifie que les NINJAS ne devaient payer pendant ces quelques années que 1% de leur emprunt (le taux d’intérêt Fed), puis, une fois que la maison avait pris de la valeur, il suffisait d’honorer les traites avec une succession d’emprunts correspondant à la valorisation du bien. Comme la maison prend de la valeur plus vite que les intérêts ne s’accumulent, c’est sans risque.
Car c’est bien connu :
Les prix de l’immobilier ne baissent jamais !
D’ailleurs à Toulouse par exemple, en 12 ans, les prix de l’immobilier ont triplés.
Cette situation fait évidemment plaisir aux politiques : les NINJAs ont donc une manière de s’intégrer dans la société, de participer au rêve américain. Beaucoup d’emprunts leurs sont accordés et pour pallier la demande qui explose, de nombreuses constructions de maisons neuves sont lancées.
Titrisation
Donc les banques se retrouvent avec plein de prêts. Seulement les banques n’aiment pas prêter. C’est toujours un peu risqué. Ce qui est rentable, ce sont les commissions. En plus, la loi oblige les banques à posséder dans leurs fonds propres 8% de ce qu’elles ont accordées comme prêt. Si une banque prête 100, elle doit mettre 8 de côté dans une tirelire virtuelle. Ce qui fait que généralement, elles revendent leurs créances. Par exemple, elles revendront 105 $ une créance de 100 $ à 10% d’intérêt … ce qui demeure un placements rentable pour l’acheteur. C’est ça, la titrisation.
Car il se trouve que le NINJA, même presque propriétaire, reste quand même pauvre. Et quand on est pauvre, on accepte des taux d’intérêts plus élevés que lorsqu’on est riche (les fameux % en plus). Donc le crédit subprime, c’est idéal pour booster les taux d’intérêts de produits financiers structurés, qui comprennent généralement un peu de bon du Trésor américain, un peu de crédit étudiant, etc.
Le problème, c’est que les produits sont devenus tellement structurés qu’il n’y a plus aucune traçabilité. Au point que certains produits, les SPV, signifient “machins pour faire un truc spécial”.
Revenons à nos 8% que la banque doit posséder. Elle peut posséder cela sous forme d’argent, mais aussi sous forme de titres (de créance ou structurés, par exemple). Mais pour éviter qu’elle ne considère comme fonds propres des produits risqués (alors que justement le but de ces 8% est d’amortir le risque), elle ne peut faire entrer dans ces 8% que des produits sûrs, c’est-à-dire notés AAA.
Et les banques sont allées voir des organismes d’assurance, notés AAA, pour qu’ils se portent garants, contre commission, des produits structurés et que ces produits risqués soient quand même notés AAA.
Et la boucle infernale est lancée.
Echauffement et douche froide
Quand plein d’argent est créé mais que la richesse “réelle” ne suit pas, il se produit un emballement inflationniste. Emballement accentué par l’immobilier, qui stimule la croissance … laquelle augmente la demande en pétrole et donc le prix du baril … encourageant des biocarburants qui attisent l’inflation de produits agricoles déjà renchéris par l’amélioration des niveaux de vie en Inde et en Chine …
La Fed, dont le rôle est aussi de lutter contre l’inflation, monte ses taux jusque 5.25%. Ce qui fait que des NINJA se retrouvent bientôt avec des intérêts qui passent de 1% à 8.25% … plus les premiers remboursements du capital. Ils ne peuvent pas suivre, les banques saisissent les maisons. Seulement une banque, ça s’en fout un peu d’une maison. Alors elles les revendent … au moment où d’innombrables chantiers se terminent. Et alors que plus personne n’entre sur le marché pour acheter car les banques n’accordent plus de prêts subprime. Effondrement des cours de l’immobilier. Ce qui fait que les maisons perdent de la valeur et que de nombreux foyers américains se retrouvent surendettés.
La méfiance s’installe sur les marchés financiers, plus personne ne veut acheter de produits avec des subprimes dedans. Or ils sont partout…
Changement des règles
C’est malheureusement à ce moment-là que l’IFRS décide de changer les normes d’évaluation des produits financiers, ceux qui servent à remplir les 8% de fond propre. Un produit n’est plus « estimé » mais vaut désormais sa valeur sur le marché. Or si plus personne ne veut acheter de produits structurés, leurs prix de marché donc leurs valeurs règlementées baissent. Les banques qui en ont risquent donc de ne plus avoir assez de fonds propres et donc de faire faillite.
Chapitre 2 : Une crise systémique ?
La faillite des banques, c’est un peu comme la fin de l’électricité ou une grève illimitée des scénaristes d’Hollywood : l’apocalypse sur Terre !
Cela signifie que tout l’argent qui se trouve sur des comptes disparaît. Pas vraiment réjouissant, chez moi je dois avoir 15€ dont la moitié en pièces de 0.01€ et 0.02€. Et contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, les fonds de garantie ne serviraient pas à grand chose si toutes les banques faisaient faillite.
Le fonds de garantie français (FGD) possède 1.8 milliards d’euros. Or en France, il y 1000 milliards d’euros en banque (non les français ne sont pas très riches, c’est juste que les entreprises aussi ont de l’argent).
On y est pas encore, mais des symboles et des banques sont tombés.
Lehman Brothers est tombée alors que c’était la banque qui avait financé les chemins de fer de la conquête vers l’Ouest.
Des pays en faillite ?
Les banques peuvent entraîner les pays dans leurs chutes. Certes les banques centrales peuvent les soutenir en créant de la monnaie mais elles ne peuvent créer que de la monnaie locale. Et certaines banques se sont endettées en dollars. C’est le cas des banques islandaises, où la banque centrale a créé des couronnes islandaises pour essayer de re-capitaliser les banques, dévaluant énormément sa monnaie. Le pays se retrouve maintenant endetté à 600% de son PIB et ne peut plus importer.
Que faire maintenant ?
Espérer que la crise ne vire pas en déflation, c’est-à-dire en baisse généralisée les prix, car ce mal économique est une spirale destructrice qui ne connait encore aucun remède.
Pour éviter une nouvelle crise, pas vraiment de solution non plus.
Réglementer plus ?
Certes, mais la réglementation sera toujours détournée un jour où l’autre.
Pour l’instant, le seul conseil pertinent sur ce qu’il y a à faire ne vient pas d’un économiste mais d’un juriste. Pas de Panique, Prudence, et une Tasse de Thé.
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