jan 02 2009

Déclaration à l’ONU pour la dépénalisation de l’homosexualité

Catégorie : Actualité, LGBTIQ, PolitiqueLéna @ 1:02

Le 18 décembre dernier, l’ONU débattait de la dépénalisation de l’homosexualité. Contrairement à ce que Rama Yade a pu laisser entendre dans les médias, ce n’est pas la France mais l’Argentine qui en est à l’origine. La liste des pays signataires « pour » et « contre » est visible ici et j’ai synthétisé le tout sur la carte ci-dessous. Cela permet de mieux se rendre compte des silences. A noter que mon fond de carte étant assez vieux, la séparation de l’Erythrée et de l’Ethiopie n’y figurait pas et donc j’ai du tracer la frontière à la main.

Pays suivant leur position théorique sur l'homosexualité d'après les déclarations du 18 décembre 2008 à l'ONU

Pays suivant leur position théorique sur l'homosexualité d'après les déclarations du 18 décembre 2008 à l'ONU

Spontanément, j’ai tendance à voir dans cette carte une europe unie politiquement (pour une fois !), l’influence légère de l’Argentine sur l’Amérique Latine, le silence de beaucoup de grands et d’émergents (Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis) et l’intolérance de l’Islam actuel envers l’homosexualité. Si des géopoliticien-nes et autres historien-nes pouvaient passer par ici et utiliser cette carte pour des analyses plus profondes, qu’elles-ils n’hésitent pas !

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6 commentaires à “Déclaration à l’ONU pour la dépénalisation de l’homosexualité”

  1. Max_Evans dit:

    Ah, oui, je me disais aussi que la frontière entre l’Erythrée et l’Ethiopie me semblait louche. C’est la première chose que j’ai regardée sur la carte car les gens ont trop tendance à négliger ce détail !

  2. Léna dit:

    Aucune garantie non plus sur l’Europe centrale, notemment entre l’Italie et la Grèce…

  3. Bizut Autiste dit:

    J’ai bien regardé, la frontière entre l’Italie et la Grèce ne semble pas poser de problème : ces pays sont toujours séparés par la mer depuis l’édition de ton fond de carte !

  4. Junius dit:

    Globalement, je partage ton analyse : l’Europe est sur le sujet de l’homosexualité le continent le plus tolérant (je parle de tolérance, non parce que c’est un concept que j’aime, mais parce que dans des pays tels que l’Italie, il ne s’agit pas d’acceptation mais de tolérance). Effectivement, l’Islam n’est pas dans cette situation, mais ce n’est pas surprenant étant donné sa véhémence multiséculaire sur le sujet, et surtout l’influence de l’institution religieuse dans la plupart des pays à majorité musulmane.

    Non, je vais plutôt me pencher sur les exceptions et les éléments a priori surprenants sur cette carte.

    D’abord, le Japon. En effet, si le Japon ne pénalise pas l’homosexualité, la lutte contre les discriminations relatives à l’orientation sexuelle n’existe pas dans la loi, et une seule élue à la Diète (le Parlement nippon) est ouvertement homosexuelle. Au Japon, une personne homosexuelle n’est pas légalement discriminée, mais elle est peu ou proue exclue de la sphère sociale (en particulier dans les campagnes et petites villes). L’homosexualité affirmée et acceptée est réservée à quelques amuseurs publics, qui la plupart du temps jouent sur les stéréotypes (occidentaux) de l’homosexualité pour faire rire, et de fait n’aident en aucune cas à l’intégration de l’homosexualité dans les mentalités. Ainsi, s’il n’est pas surprenant que le Japon n’ait pas rejoint les pays musulmans ou la Russie, l’on peut aussi les féliciter d’avoir rejoint l’Europe, dans la mesure où en faisant cela les dirigeants ne s’attirent aucune sympathie électorale particulière (contrairement aux Etats-Unis ou un choix comme l’autre eût été nettement plus important).

    Les Etats-Unis, justement. Il y a fort à parier que, à quelques mois près (une fois Barack Obama investi), leur politique eût été différente : là bas le lobby gay est très influent, mais le lobby anti-gay également. Le premier est démocrate, le second républicain. Ainsi, si les Républicains ne sont pas explicitement pour la pénalisation de l’homosexualité, le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’iront pas pleurer sur la tombe d’un gay lapidé dans un stade iranien. Dans le camp Démocrate, les électeurs sont plus partagés : les Démocrates du Sud (dixiecrats) et autres Blue Dogs n’auraient pas vu d’un très bon oeil un soutien aux homosexuels, mais les Démocrates californiens ou de la côte Est n’auraient sans doute pas approuvé ce silence.

    Autre élément intéressant : les cas italien et mexicain, relativement similaires. Au Mexique tout d’abord : certes la Chambre est dominée par la Gauche (même si le parti de Droite est le premier, les deux principaux partis de Gauche réunis sont majoritaires), le Président qui a un poids très considérable est un chrétien-démocrate conservateur, dans un pays très largement catholique. Certes, le Mexique est sous un régime laïque très proche du modèle français, mais l’homosexualité n’y est pas acceptée, loin de là. Le Mexique est le second pays du monde avec le plus grand taux de crimes homophobes (après le Mexique), et 98% de ceux-ci restent impunis du fait de la bienveillance policière vis à vis des agresseurs. Une part considérable des homosexuels qui sortent du placard sont totalement rejetés par leur famille, voire molestés. Bref, une telle décision de la part du Mexique est surprenante, et est de nature encourageante et constitue peut-être un grand pas en avant. On ne peut, là encore, que s’en féliciter.

    L’Italie est, je le disais, un cas relativement semblable, à moindre échelle : l’homosexualité est loin d’y être acceptée par la société, du fait là encore de la grande influence du catholicisme populaire (on voit que l’Eglise comme institution rejette toute forme de discrimination, n’oublions pas que le Christianisme est quoi qu’on en dise une religion d’amour, et que l’Eglise catholique romaine semble s’en rappeler ces dernières décennies).

    L’avant-dernier cas que je traiterai dans ce commentaire est le cas turc : on voit en effet que la Turquie est le seul grand état à majorité musulmane à ne pas appeler à la condamnation de l’homosexualité. La Turquie en effet est l’un des rares pays à majorité musulmane à ne pas condamner l’homosexualité. Si l’on peut regretter qu’elle n’ait pas rejoint l’Argentine dans son appel, il faut néanmoins garder présent à l’esprit que les dirigeants de ce pays sont dans une situation délicate, pris entre une population rurale très conservatrice et une population urbaine bien plus ouverte sur le monde. Rappelons également que l’actuel pouvoir politique est « islamiste modéré », et qu’il n’est que l’Armée qui empêche le gouvernement de revenir sur la laïcité d’Ataturk.

    Enfin, dernier point (regrettable) que je voudrais souligner : l’Afrique du Sud. En effet ce pays, le cinquième du monde à reconnaitre le mariage homosexuel (avec une majorité écrasante de la Chambre), aurait dû soutenir l’Argentine. Je ne m’explique sincèrement pas ce silence.

  5. Léna dit:

    Peut-être que le délégué d’Afrique du Sud était absent ce jour-là ? En tout cas, merci pour ton analyse très complète Junius. Est-ce que tu saurais pourquoi deux états africains ont rejoint l’Europe ? Je vois ça comme un soutien aux anciennes puissances coloniales qui « aident » encore certains régimes, mais peut-être a-t’il une explication moins « realpolitik » ? Ah et au fait, le Mexique ne peut pas être premier et deuxième sur les crimes homophobes ;)

    Et Bizut Autiste, je parlais évidemment de tous les états que tu devrais traverser si tu pars de l’Italie pour aller en Grèce à pied et que tu longes la mer Méditerranée :)

  6. Junius dit:

    Effectivement, petite rectification due à l’inattention : le Mexique est deuxième après le Brésil (non signataire).

    Quant aux deux pays africains, j’essayerai de me documenter, je n’ai pas d’explication a priori. Ah, et dans la suite j’essayerai de mettre un petit coup de projecteur sur Cuba, où de mémoire la situation est assez complexe.

    Petite note également : il est intéressant de voir les Républiques caucasiennes rejoindre la position européenne, sans doute par recherche de consensus avec l’Europe qui sous la Présidence Sarkozy s’est, il faut l’admettre, montrée à la hauteur face aux velléités russes d’impérialisme. C’est d’autant plus intéressant que, puisque les Etats-Unis d’Amérique se taisent, l’on peut être quasiment sûr que c’est en soutien à l’Union Européenne que cela se fait, ce qui montre peut-être un changement d’allégeance relatif à l’intérieur du bloc OTAN + alliés.

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