déc 03 2008

La crise financière expliquée à mes parents

Catégorie : Actualité, ÉconomieLéna @ 18:18

Compte-rendu de la conférence de Philippe Brunner à ENTIORE le 24 novembre. Merci à lui pour la relecture critique de l’article.

Chapitre 1 : Les subprimes

Les NINJAS

Au commencement, il y a la situation économique américaine au début des années 2000. Le taux d’intérêt de la Fed, banque centrale américaine est de 1%, ce qui est très bas et l’endettement est élevé. C’est une situation favorable à l’immobilier. Seulement, tout le monde n’est pas solvable, ou prime et ne peut donc accéder à la propriété. Il y a aussi les pauvres américains, les NINJAS, personnes sans revenus, sans boulot et sans patrimoine. Donc non-solvables. Donc subprimes.

Le NINJA est donc non-solvable, mais sa maison, est-ce qu’elle ne pourrait pas se financer elle-même ? Avec une « inflation immobilière» de 15% et un taux d’intérêt à 1%, il semblerait bien que si.

Les banques proposent alors aux NINJAS des prêts à taux variable, qui serait celui de la Fed plus un certain pourcentage en fonction du niveau de risque. Généralement, de l’ordre de 3% supplémentaires ou 300 « points de base ». Mais pour donner à la maison le temps de prendre de la valeur, le remboursement du capital et le taux supplémentaire sur le remboursement ne sont ajoutés qu’après 3, 4, ou 5 ans. Cela signifie que les NINJAS ne devaient payer pendant ces quelques années que 1% de leur emprunt (le taux d’intérêt Fed), puis, une fois que la maison avait pris de la valeur, il suffisait d’honorer les traites avec une succession d’emprunts correspondant à la valorisation du bien. Comme la maison prend de la valeur plus vite que les intérêts ne s’accumulent, c’est sans risque.

Car c’est bien connu :

Les prix de l’immobilier ne baissent jamais !

D’ailleurs à Toulouse par exemple, en 12 ans, les prix de l’immobilier ont triplés.

Cette situation fait évidemment plaisir aux politiques : les NINJAs ont donc une manière de s’intégrer dans la société, de participer au rêve américain. Beaucoup d’emprunts leurs sont accordés et pour pallier la demande qui explose, de nombreuses constructions de maisons neuves sont lancées.

Titrisation

Donc les banques se retrouvent avec plein de prêts. Seulement les banques n’aiment pas prêter. C’est toujours un peu risqué. Ce qui est rentable, ce sont les commissions. En plus, la loi oblige les banques à posséder dans leurs fonds propres 8% de ce qu’elles ont accordées comme prêt. Si une banque prête 100, elle doit mettre 8 de côté dans une tirelire virtuelle. Ce qui fait que généralement, elles revendent leurs créances. Par exemple, elles revendront 105 $ une créance de 100 $ à 10% d’intérêt … ce qui demeure un placements rentable pour l’acheteur. C’est ça, la titrisation.

Car il se trouve que le NINJA, même presque propriétaire, reste quand même pauvre. Et quand on est pauvre, on accepte des taux d’intérêts plus élevés que lorsqu’on est riche (les fameux % en plus). Donc le crédit subprime, c’est idéal pour booster les taux d’intérêts de produits financiers structurés, qui comprennent généralement un peu de bon du Trésor américain, un peu de crédit étudiant, etc.

Le problème, c’est que les produits sont devenus tellement structurés qu’il n’y a plus aucune traçabilité. Au point que certains produits, les SPV, signifient “machins pour faire un truc spécial”.

Revenons à nos 8% que la banque doit posséder. Elle peut posséder cela sous forme d’argent, mais aussi sous forme de titres (de créance ou structurés, par exemple). Mais pour éviter qu’elle ne considère comme fonds propres des produits risqués (alors que justement le but de ces 8% est d’amortir le risque), elle ne peut faire entrer dans ces 8% que des produits sûrs, c’est-à-dire notés AAA.

Et les banques sont allées voir des organismes d’assurance, notés AAA, pour qu’ils se portent garants, contre commission, des produits structurés et que ces produits risqués soient quand même notés AAA.

Et la boucle infernale est lancée.

Echauffement et douche froide

Quand plein d’argent est créé mais que la richesse “réelle” ne suit pas, il se produit un emballement inflationniste. Emballement accentué par l’immobilier, qui stimule la croissance … laquelle augmente la demande en pétrole et donc le prix du baril … encourageant des biocarburants qui attisent l’inflation de produits agricoles déjà renchéris par l’amélioration des niveaux de vie en Inde et en Chine …

La Fed, dont le rôle est aussi de lutter contre l’inflation, monte ses taux jusque 5.25%. Ce qui fait que des NINJA se retrouvent bientôt avec des intérêts qui passent de 1% à 8.25% … plus les premiers remboursements du capital. Ils ne peuvent pas suivre, les banques saisissent les maisons. Seulement une banque, ça s’en fout un peu d’une maison. Alors elles les revendent … au moment où d’innombrables chantiers se terminent. Et alors que plus personne n’entre sur le marché pour acheter car les banques n’accordent plus de prêts subprime. Effondrement des cours de l’immobilier. Ce qui fait que les maisons perdent de la valeur et que de nombreux foyers américains se retrouvent surendettés.

La méfiance s’installe sur les marchés financiers, plus personne ne veut acheter de produits avec des subprimes dedans. Or ils sont partout…

Changement des règles

C’est malheureusement à ce moment-là que l’IFRS décide de changer les normes d’évaluation des produits financiers, ceux qui servent à remplir les 8% de fond propre. Un produit n’est plus « estimé » mais vaut désormais sa valeur sur le marché. Or si plus personne ne veut acheter de produits structurés, leurs prix de marché donc leurs valeurs règlementées baissent. Les banques qui en ont risquent donc de ne plus avoir assez de fonds propres et donc de faire faillite.

Chapitre 2 : Une crise systémique ?

La faillite des banques, c’est un peu comme la fin de l’électricité ou une grève illimitée des scénaristes d’Hollywood : l’apocalypse sur Terre !

Cela signifie que tout l’argent qui se trouve sur des comptes disparaît. Pas vraiment réjouissant, chez moi je dois avoir 15€ dont la moitié en pièces de 0.01€ et 0.02€. Et contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, les fonds de garantie ne serviraient pas à grand chose si toutes les banques faisaient faillite.

Le fonds de garantie français (FGD) possède 1.8 milliards d’euros. Or en France, il y 1000 milliards d’euros en banque (non les français ne sont pas très riches, c’est juste que les entreprises aussi ont de l’argent).

On y est pas encore, mais des symboles et des banques sont tombés.

Lehman Brothers est tombée alors que c’était la banque qui avait financé les chemins de fer de la conquête vers l’Ouest.

Des pays en faillite ?

Les banques peuvent entraîner les pays dans leurs chutes. Certes les banques centrales peuvent les soutenir en créant de la monnaie mais elles ne peuvent créer que de la monnaie locale. Et certaines banques se sont endettées en dollars. C’est le cas des banques islandaises, où la banque centrale a créé des couronnes islandaises pour essayer de re-capitaliser les banques, dévaluant énormément sa monnaie. Le pays se retrouve maintenant endetté à 600% de son PIB et ne peut plus importer.

Que faire maintenant ?

Espérer que la crise ne vire pas en déflation, c’est-à-dire en baisse généralisée les prix, car ce mal économique est une spirale destructrice qui ne connait encore aucun remède.

Pour éviter une nouvelle crise, pas vraiment de solution non plus.

Réglementer plus ?

Certes, mais la réglementation sera toujours détournée un jour où l’autre.

Pour l’instant, le seul conseil pertinent sur ce qu’il y a à faire ne vient pas d’un économiste mais d’un juriste. Pas de Panique, Prudence, et une Tasse de Thé.

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nov 28 2008

Pourquoi oxymore ?

Catégorie : UncategorizedLéna @ 4:15

L’oxymore est la figure de style consistant à associer deux opposés, comme un clair obscur ou un silence tonitruant. Même si je cherche toujours la cohérence dans mes pensées et mes idées, me définir ainsi me permet d’accepter mes contradictions.

De quoi je parle ?

  • De geekeries : Jeux vidéos, programmation, théorie des graphes, internet, réseaux sociaux, blogs, graphisme, optimisation, gestion de projet. J’avais un ordinateur avant même de savoir écrire. Mon premier est un ordi-baby qui me demandait d’appuyer sur la case rouge. Je suis actuellement en école d’ingénieur pour en faire mon métier.
  • De féminisme : condition des « femmes », genre, sexisme, homophobie, biphobie, transphobie. Bref, de tout ce qui sort de la norme hétérosexiste qui veut que les hommes soient d’une certaine manière, les femmes d’une autre, que les deux aillent ensembles et qu’en-dehors de cela, ce ne sont que des monstres. Je suis culturaliste (je pense que les différences homme-femme sont dues à la culture), queer (je pense que les catégories « homme » et « femme » sont tros étroites pour y faire entrer tout le monde) et quelque part entre pro-sexe et abolitionniste (c’est-à-dire anti-système prostitutionnel).
  • D’économie. C’est un peu la révélation de mes études d’ingénieur, j’adore l’économie. J’aime la modélisation du monde en général (eh oui, scientifique dans l’âme :D ), notemment la modélisation des comportements humains.
  • De rugby : quand j’étais jeune, Dominici était ailier de l’équipe de France et je suivais les V puis les VI Nations. Maintenant que je vis dans le Sud-Ouest je suis abonnée au Stade Toulousain et suis toutes les compétitions, de la H-Cup au Top 14 en passant par les tournées d’automne et d’été en passant par les VI Nations et la coupe du Monde. Mes joueurs préférés sont, dans l’ordre, Jean-Baptiste Ellisalde, David Skrela, Clément Poitrenaud et Jean Bouihlou, entre autres :)

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nov 13 2008

Le pétrole baisse ?

Catégorie : Actualité, ÉconomieLéna @ 6:49

Le pétrole est bas et donc c’est mal. Un peu comme quand le pétrole est haut, c’est mal. Mais au fait, ça serait pas plutôt le dollar qui remonte ? Quelqu’un pour me trouver une courbe un poil plus détaillée que celle du monde que je compare les prix en euros ?

Sinon je préfère quand le pétrole est cher. Ca force tout le monde à l’économiser ou à trouver des solutions pour s’en passer. D’ailleurs j’aimerais que les gouvernements arrêtent de donner des aides « ponctuelles » aux secteurs en difficulté quand le pétrole est haut car c’est un problème structurel : cette ressource sera bientôt épuisée, autant dépenser l’argent public dans des solutions durables. Mais effectivement, ça prend du temps et c’est moins vendeur électoralement paralant.

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nov 01 2008

Google : le nouveau monstre ?

Catégorie : Actualité, Geekeries, ÉconomieLéna @ 11:39

Il n’est un secret pour personne que Google est un géant du web. Vidéo, photos, blogs, recherche bien sûr et depuis peu navigateur, l’entreprise semble être présente partout dans la chaîne web et cela inquiète (enfin en ce moment on parle plutôt de la crise financière). Cela serait une situation monopolistique, donc mal. Je trouve cette position attaque sur de nombreux points.

Tout d’abord, Google n’est pas en situation de monopole parce que présent sur toute la chaîne web. Il est en position quasi-monopolistique sur la recherche, certes, mais a de sérieux concurrents dans les autres domaines : produits de microsoft ou yahoo par exemple. Le monopole se définit quand on contrôle tout un secteur, pas quand on est présent dans tous les domaines d’un secteur. C’est celui qui produit toutes les tomates du monde qui est en monopole, pas celui qui cultive son potager pour ensuite utiliser les produits dans son restaurant.

Ensuite, le problème des monopoles est qu’ils sont une situation non optimale. (pour ceux qui connaissent la concurrence pure et parfaite, sauter au point suivant, pour les autres, un petit cours d’économie). En CPP (plein de vendeurs, plein d’acheteurs, aucun vendeur n’est assez gros pour pour perturber le marché tout seul, il est facile d’entrer sur le marché, les consommateurs ont une information parfaite sur tous les prix, les produits sont les mêmes quelque soit le vendeur et la production peut s’adapter instantanément à la demande), on observe une situation optimale pour tous. Il faut savoir que plus une chose est rare, plus les gens sont prêts à payer cher pour l’avoir (d’où les éditions collectors ou les stocks de pierres précieuses pour contrôler le marché). Le prix psychologique baisse donc avec la quantité produite. Il n’y a aucun intérêt à ne pas vendre au prix psychologique : moins cher, l’entreprise vendeuse ne maximise pas son profit et plus cher, personne n’achètera. Il faut savoir aussi que plus grandes sont les quantités produites, plus le cout de production d’une unité supplémentaire (aussi nommé coût marginal) augmente (oui, moi aussi je pensais que ça baissait, d’où les économies d’échelle, apparement ça augmente). Et donc, sans avoir besoin d’invoquer le théorème des valeurs intermédiaires[1], vous avez une courbe du prix psychologique qui baisse avec la quantité et une autre du coût marginal qui augmente, elles vont donc se couper pour donner une quantité et un prix donné. Produire moins n’est pas intéressant car il y aura toujours un petit malin qui va entrer sur le marché et vendre la différence au prix d’intersection, il trouvera des clients et réalisera des profits. Vendre plus n’est pas intéressant car les dernières unités produites le seront à perte, diminuant le profit des entreprises. Pour les consommateurs, la quantité produite est maximale, personne n’est frustré injustement (on ne pourrait pas produire plus avec des gens prêt à acheter) et le prix de vente est minimal. Lorsqu’une des hypothèses de base de la concurrence pure et parfaite n’est pas remplie, on aboutit pas à un optimal. Une entreprise en situation de monopole peut décider de vendre moins (en quantité) que celle correspondant au cout optimal. Elle pourrait donc vendre ses produits plus chers. Deux catégories de consommateurs se font avoir : ceux qui auraient pu acheter le produit en situation de CPP et ceux qui achètent le produit plus cher que le prix auquel il aurait été vendu en CPP. Petit résumé :

Différences entre CPP et monopole

Hors, ce modèle ne s’adapte pas aux produits de Google, qui sont des logiciels. Qu’il y ait une personne qui utilise Google Agenda ou une dizaine de millions, le coût est le même. Et qui plus est, pas mal de produits sont gratuits (pour l’utilisateur) et ne génèrent pas (encore) de revenus, Chrome par exemple. Il faut donc un autre modèle d’analyse pour le logiciel et rien ne dit (pour l’instant) qu’un monopole c’est mal.

Sauf que si, on sait déja que microsoft est en position de quasi-monopole et que cela freine énormément sa créativité, car il n’a pas besoin de faire de bons produits pour garder son marché. Mais la différence entre ces deux sociétés, c’est que celle de Redmont s’est imposée par de meilleures techniques commerciales et non par de meilleurs produits, contrairement à Google qui fait de très bonnes choses[2].

On peut craindre des phénomènes de vente liée, par exemple que certaines fonctionnalités de gmail ne soient disponibles qu’avec chrome. C’est possible, mais cela serait en contradiction avec l’aide que fourni Google à Firefox. Toutefois, c’est la menace qui me semble la plus sérieuse.

Enfin, l’argument qui revient le plus est que Google pourrait utiliser toutes les informations sur nous pour les revendre à des publicitaires. Personnellement, je ne vois pas le problème, je n’y vois au contraire que des avantages. Il y a deux manières de faire de la publicité : en touchant tout le monde, en les saoulant avec le message publicitaire, jusqu’à ce que la cible soit atteinte. Bilan : une énorme partie du budget est gâché par toutes les personnes ayant vu la pub mais n’en ayant rien à faire. Comme les gens développent en plus des stratégies de défense contre la publicité (anti-spam, zapping, pas d’attention visuelle sur les endroits d’un site ressemblant à de la pub), la publicité devient de plus en plus invasive (spams, placement produit dans les films, pub sur internet sonores ou traversant la page). Je préfèrerais largement que cette surenchère s’arrête et surtout, que chaque publicité que je visionne me parle d’un produit qui est réellement susceptible de m’intéresser plutôt que de « régimes de star » ou de ventes privées de marques. Je ne vois pas en quoi la connaissance par des sociétés de mes goûts me priverait d’une quelconque liberté.

1Ce qui nous permet d’éviter la douloureuse question de la continuité des courbes

2Je repense à ce moment où, avec deux autres élèves-ingénieurs dont un en master pro IHM, avons passés un bon quart d’heures à nous extasier sur le petit calendrier de Google Agenda.

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jan 30 2008

Peut-on être queer et libérale ?

Catégorie : LGBTIQ, Réflexion, ÉconomieLéna @ 18:29

Je commence à peine à appréhender le milieu queer et déja je me sens en phase sur les questions de genre, de sexe, de sexualité et de féminisme mais en opposition, parfois radicale, avec le volant économique présupposé.

Le queer, pour faire un résumé très simple et réducteur, découple les notions de sexe (identité biologique), genre (identité sociale) et sexualité (orientation) et surtout débinarise ces notions : il n’y a pas que des mâles et des femelles mais aussi des intersexes, que des hommes ou des femmes mais aussi des transgenres, qui peuvent (ou pas) être transexuels (ou pas) et on est pas obligés de choisir entre homo et hétérosexualité. Ces clivages (ou hétérosexisme) sert une certaine société où les hommes mâles masculins hétéros ont possession des femmes féminines femelles et toutes les autres identités d’humains sont niées.

Cette théorie a évidemment un volet politique fort, seulement j’en ai assez de le lire toujours associé à la lutte contre le néo-libéralisme (sic). J’ai mis un certain temps à comprendre comment une théorie qui découple autant (sexe, genre, sexualité) se permet d’allègrement coupler de l’autre côté.

Après réflexion, je me suis dit que cela venait du fait que le queer, selon moi, analyse beaucoup la société à travers le prisme des rapports de pouvoir. Ainsi, le clivage homme/femme est pensé analogiquement avec d’autres oppositions, comme occidental/reste du monde, blanc/noir, riche/pauvre. Mes connaissances en géopolitique et en racisme étant malheureusement limitées, je ne saurais m’aventurer sur ces terrains, mais j’ai une légère formation en économie donc je vais pouvoir expliquer mon désaccord.

Autant il m’est facile de voir les mécanismes de pouvoir dans les rapports homme/femme (échange entre homme des femmes objectisées par le mariage, l’échange étant « signé » par le changement de patronyme, par exemple), autant voir des rapports d’exploitation dans le champ économique m’est plus difficile. J’ai bien en tête les personnes chinoises « manquantes », c’est-à-dire cachées car ne correspondant pas à la politique de l’enfant unique, mais les schémas exploitatifs « traditionnels » me semblent des approximations grossières. Je vais essayer de critiquer celles qui me viennent en tête.

Les patrons exploitent les travailleurs !

D’une part, de grossières approximations sont faites. Travailleur et salarié ne sont pas des synonymes. Sinon, cela voudrait dire que les patrons ne travaillent pas, ni les personnes exerçant des professions libérales non plus d’ailleurs. Il y a aussi la même version avec actionnaire à la place de patron, mais là aussi, depuis quand toutes les entreprises ont des actionnaires, depuis quand aucun salarié n’a d’actions de sa boîte et surtout, depuis quand seuls les patrons ont des actions ? Le gros des actions ne sont pas détenues par des particuliers mais des sociétés (banques, fond de pension, assurances) ce qui fait qu’en réalité, tout le monde est actionnaire, au moins dans les pays riches (j’ai l’impression que la grande majorité des gens ont des livrets d’épargne, même petits, et/ou ont une assurance privée, mais peut-être est-ce une énorme erreur). D’autre part, la relation employant/employé n’est pas uniquement un rapport domination/soumission. Des patrons emploient des personnes car ils ont besoin d’elles, de même qu’elles ont besoin d’un travail. S’il y a besoin mutuel, c’est que la relation est normalement une coopération où tout le monde est gagnant. Bien sûr, il arrive que ce rapport de force est déséquilibré : quand trop de personnes veulent un travail ou un certain type de travail ou inversement, quand sont recherchées des types de personnes pas assez présent dans la population ou qu’il n’y a pas assez de main-d’oeuvre. Je ne développerai pas maintenant comment je pense qu’on peut règler ce déséquilibre et d’ailleurs je n’ai pas la prétention d’avoir la solution.

Les fonds de pension rachètent des entreprises pour licencier car ils ne pensent qu’aux profits à court terme !

Il faudra qu’on m’explique pourquoi un fond de pension, qui gère de l’argent servant à financer des retraites, peut avoir une logique à court terme. Je ne sais pas vous, mais moi si je dois capitaliser pour ma retraite, je le ferai des années avant la date supposée. Le soucis peut plus venir à mon avis d’un déséquilibre actifs/retraités mais il s’agit du même soucis que pour la retraite par répartition.

Les pays du Nord exploitent les pays du Sud en leur volant leurs matières premières !

Quand des entreprises étrangères valorisent des matières premières dans un pays, c’est généralement que ce pays ne s’en était pas soucié avant. Si c’est un rachat d’entreprise, franchement, ça change quoi la nationalité de l’employeur ? (surtout que la notion de nationalité d’entreprise n’a plus aucune réalité). Il y a sans doute de nombreuses histoires d’abus que je ne connais pas, mais en revanche je sais que ce qu’il fait le plus mal aux pays en développement, ce ne sont pas ce que leur achète les pays développés mais plutôt ce qu’ils leur vendent. A savoir, les produits agricoles à prix cassés à grands coups de subventions faramineuses qui empêchent le décollement agricole de ces pays.

Le libre-échange est l’arme utilisée par les pays riches contre les plus pauvres !

Comme je viens de le dire, c’est plutôt les procédés injustes (subventions) qui pénalisent le plus les pays pauvres. Ouvrir les marchés justement (c’est-à-dire sans subventions) permettrait le développement des pays du Sud. De plus, les pays du Nord auraient plus besoin des pays du Sud, par un système d’interdépendance, ce qui changerait les rapports de pouvoir

De toute manière, ce qui fonde mes opinions économiques, en-dehors de ce que je trouve le plus efficace, c’est la notion de liberté. J’ai du mal à comprendre comment les personnes pourraient être libre d’être ou aimer qui elles veulent, de vivre dans le pays qu’elles souhaitent mais que les entreprises soient engluées par des règles. J’aimerais un espace Shengen mondial : libre circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services partout sur la planète, la liberté des personnes ne se limitant pas uniquement à la circulation d’ailleurs. Je suis donc libertarienne, une position que je ne retrouve malheureusement représentée par aucune association ou parti politique pour le moment.

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jan 29 2008

Aujourd’hui j’ai rapporté 4 millions

Catégorie : Etudes, ÉconomieLéna @ 18:40

J’avoue être assez fière de moi, j’espère que mon actionnaire est content, 4 millions en 10 ans alors qu’à la base l’investissement est de 500 000 euros, c’est joli.

Comme vous pouvez vous en douter, cet argent est fictif. Il s’agit de la simulation d’entreprise à laquelle je joue depuis deux jours plein au sein de l’électif « gestion d’entreprise » de mon école. Pour une fois que je trouve qu’une chose de mon école est bonne, je le signale. Le but est donc de rapporter un maximum d’argent à son actionnaire grâce à une entreprise qui produit des démodulateurs numériques et analogiques en France et au Japon. On peut jouer sur les prix, les quantités produites, les salaires, le délai client, le délai fournisseur, le budget social acheter ou revendre différentes usines, embaucher/licencier, prendre des intérimaires, mettre au chomage technique… Un électif très instructif et très prenant, dans lequel nous sommes 7 entreprises (composées de binômes d’élèves) à nous battre pour le plus gros profit. En plus, entre deux tours de « jeu » (entrée des données sur une année) on peut discuter avec nos encadrants d’actualité économique (entre les subprimes et les 5 millards de la Société Générale, il y a de quoi parler) ou de l’enseignement en général.

Demain, je commence psychosociologie (ou sociopsychologie, ce qui est très différent de psychologie sociale), j’espère ne pas être trop déçue du décallage.

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