Il n’est un secret pour personne que Google est un géant du web. Vidéo, photos, blogs, recherche bien sûr et depuis peu navigateur, l’entreprise semble être présente partout dans la chaîne web et cela inquiète (enfin en ce moment on parle plutôt de la crise financière). Cela serait une situation monopolistique, donc mal. Je trouve cette position attaque sur de nombreux points.
Tout d’abord, Google n’est pas en situation de monopole parce que présent sur toute la chaîne web. Il est en position quasi-monopolistique sur la recherche, certes, mais a de sérieux concurrents dans les autres domaines : produits de microsoft ou yahoo par exemple. Le monopole se définit quand on contrôle tout un secteur, pas quand on est présent dans tous les domaines d’un secteur. C’est celui qui produit toutes les tomates du monde qui est en monopole, pas celui qui cultive son potager pour ensuite utiliser les produits dans son restaurant.
Ensuite, le problème des monopoles est qu’ils sont une situation non optimale. (pour ceux qui connaissent la concurrence pure et parfaite, sauter au point suivant, pour les autres, un petit cours d’économie). En CPP (plein de vendeurs, plein d’acheteurs, aucun vendeur n’est assez gros pour pour perturber le marché tout seul, il est facile d’entrer sur le marché, les consommateurs ont une information parfaite sur tous les prix, les produits sont les mêmes quelque soit le vendeur et la production peut s’adapter instantanément à la demande), on observe une situation optimale pour tous. Il faut savoir que plus une chose est rare, plus les gens sont prêts à payer cher pour l’avoir (d’où les éditions collectors ou les stocks de pierres précieuses pour contrôler le marché). Le prix psychologique baisse donc avec la quantité produite. Il n’y a aucun intérêt à ne pas vendre au prix psychologique : moins cher, l’entreprise vendeuse ne maximise pas son profit et plus cher, personne n’achètera. Il faut savoir aussi que plus grandes sont les quantités produites, plus le cout de production d’une unité supplémentaire (aussi nommé coût marginal) augmente (oui, moi aussi je pensais que ça baissait, d’où les économies d’échelle, apparement ça augmente). Et donc, sans avoir besoin d’invoquer le théorème des valeurs intermédiaires[1], vous avez une courbe du prix psychologique qui baisse avec la quantité et une autre du coût marginal qui augmente, elles vont donc se couper pour donner une quantité et un prix donné. Produire moins n’est pas intéressant car il y aura toujours un petit malin qui va entrer sur le marché et vendre la différence au prix d’intersection, il trouvera des clients et réalisera des profits. Vendre plus n’est pas intéressant car les dernières unités produites le seront à perte, diminuant le profit des entreprises. Pour les consommateurs, la quantité produite est maximale, personne n’est frustré injustement (on ne pourrait pas produire plus avec des gens prêt à acheter) et le prix de vente est minimal. Lorsqu’une des hypothèses de base de la concurrence pure et parfaite n’est pas remplie, on aboutit pas à un optimal. Une entreprise en situation de monopole peut décider de vendre moins (en quantité) que celle correspondant au cout optimal. Elle pourrait donc vendre ses produits plus chers. Deux catégories de consommateurs se font avoir : ceux qui auraient pu acheter le produit en situation de CPP et ceux qui achètent le produit plus cher que le prix auquel il aurait été vendu en CPP. Petit résumé :

Hors, ce modèle ne s’adapte pas aux produits de Google, qui sont des logiciels. Qu’il y ait une personne qui utilise Google Agenda ou une dizaine de millions, le coût est le même. Et qui plus est, pas mal de produits sont gratuits (pour l’utilisateur) et ne génèrent pas (encore) de revenus, Chrome par exemple. Il faut donc un autre modèle d’analyse pour le logiciel et rien ne dit (pour l’instant) qu’un monopole c’est mal.
Sauf que si, on sait déja que microsoft est en position de quasi-monopole et que cela freine énormément sa créativité, car il n’a pas besoin de faire de bons produits pour garder son marché. Mais la différence entre ces deux sociétés, c’est que celle de Redmont s’est imposée par de meilleures techniques commerciales et non par de meilleurs produits, contrairement à Google qui fait de très bonnes choses[2].
On peut craindre des phénomènes de vente liée, par exemple que certaines fonctionnalités de gmail ne soient disponibles qu’avec chrome. C’est possible, mais cela serait en contradiction avec l’aide que fourni Google à Firefox. Toutefois, c’est la menace qui me semble la plus sérieuse.
Enfin, l’argument qui revient le plus est que Google pourrait utiliser toutes les informations sur nous pour les revendre à des publicitaires. Personnellement, je ne vois pas le problème, je n’y vois au contraire que des avantages. Il y a deux manières de faire de la publicité : en touchant tout le monde, en les saoulant avec le message publicitaire, jusqu’à ce que la cible soit atteinte. Bilan : une énorme partie du budget est gâché par toutes les personnes ayant vu la pub mais n’en ayant rien à faire. Comme les gens développent en plus des stratégies de défense contre la publicité (anti-spam, zapping, pas d’attention visuelle sur les endroits d’un site ressemblant à de la pub), la publicité devient de plus en plus invasive (spams, placement produit dans les films, pub sur internet sonores ou traversant la page). Je préfèrerais largement que cette surenchère s’arrête et surtout, que chaque publicité que je visionne me parle d’un produit qui est réellement susceptible de m’intéresser plutôt que de « régimes de star » ou de ventes privées de marques. Je ne vois pas en quoi la connaissance par des sociétés de mes goûts me priverait d’une quelconque liberté.
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