Je remarque régulièrement des personnes lâcher les pires horreurs sur des minorités et se plaindre que leur liberté est menacée car ils n’auraient même pas le droit de dire ce qu’ils pensent. Comme je suis souvent du côté des minorités, je suis assez choquée par cela. Mon expérience quotidienne me dit que la grossophobie et l’homophobie sont encore malheureusement « normales ». Comment se fait-il qu’il y ait une telle différence de perception sur ce qui est la norme ?
Une différence de revendication
Je crois qu’en tant que minorités, ce que nous réclamons, c’est du respect. Et ce que nous obtenons, c’est de la tolérance et du politiquement correct. Quelle est la différence ? Elle n’est pas vraiment dans les actes mais dans la pensée. Quand on tolère quelqu’un, on le considère gênant mais on va passer outre parce que « ça ne se fait pas de le faire remarquer, il faut être ouvert ». Une personne tolérante voudra faire des blagues aux dépends de minorités mais n’osera pas à cause de la pression à être tolérant. De même qu’elle n’osera pas dire ce qu’elle pense. Là où c’est particulièrement insupportable pour les personnes tolérantes, c’est qu’en même temps « la société » pousse les gens à avoir des préjugés négatifs sur les minorités. Par exemple, la société « encourage » les gens à penser que les homos sont des pervers mais en même temps elle interdira de le formuler car ça serait de l’homophobie.
Hors l’idéal ne serait pas que toutes ces personnes rongent leurs freins et ettouffent de ne pas pouvoir user magnifiquement de leur liberté d’expression pour constater critiquer. L’idéal serait qu’ils ne pensent pas que l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité. Mais pour arriver à ce résultat, il faut expliquer, convaincre, argumenter, débattre, aller contre des préjugés. C’est plus dur à mettre en place que des moyens répressifs.
De l’idéal à la pratique
En attendant, l’argument en faveur de la pénalisation des propos homophobes (et racistes, sexistes…), c’est qu’ils font mal. Oui, des mots peuvent blesser et ceux-là le font. Ce n’est pas seulement un « heurt de sensibilité » à fleur de peau, c’est viscéral, violent, c’est sentir que ce que l’on est est rejetté, sali. Et oui, c’est à la société de protéger ses citoyens et je pense que la souffrance des uns est une limitation légitime à la liberté d’expression des autres.
Le problème, c’est que cela crée une distortion. Pénaliser les propos haineux, cela donne l’impression aux personnes haineuses qu’elles sont minoritaires, en danger, qu’elles ont une liberté fondamentale à défendre et que ce sont les autres qui ont le pouvoir, alors que la réalité est bien sûre toute autre. Et bien sûr, cela les rend d’autant moins réceptifs au dialogue et donc au changement de point de vue possible.
Alors faut-il accepter de se faire insulter pour éviter de faire passer les insulteurs pour des victimes ? J’ose espérer que non. J’ose croire que la pédagogie et l’explication continueront à convaincre des personnes que les blagues sur les PD, c’est mal. Pas parce qu’elles risquent de « passer pour des intolérantes », mais parce que ces blagues font du mal. En plus, elles ne sont pas drôles. Du moins, jamais quand elles sont racontées par un-e hétéro
Tags: acceptance, discrimination, homophobie, homosexualité, politiquement correct, respect, tolérance