juin 08 2008
Religion et morale
Je viens de tomber sur ce commentaire superbe dans le blog d’une professeur de philosophie ayant mis ses cours en ligne. Je trouve qu’il est important de ne pas laisser la morale aux religion seules.
On constate en effet un recul de la pratique religieuse en France, un assèchement des vocations et un retrait de la morale religieuse.
Mais cela ne signifie pas une disparition du sentiment religieux. L’idéologie individualiste (au sens noble: souci de la personne humaine et de ses droits) est passée par là et on observe une tendance des hommes à se concocter une religion “à la carte”. Certains parlent même d’un retour du religieux même si c’est sous des formes moins institutionnalisées.
Et surtout cela ne signifie pas une disparition de la morale ou du moins de l’éthique.
Ethique si l’on accepte le principe spinoziste du bon et mauvais en lieu et place du bien et du mal. La musique est bonne pour celui qui entend, mais pour le sourd elle n’est ni bonne ni mauvaise. Les personnes peuvent donc avoir des principes éthiques différents sans être condamnables pour autant. En ce sens il est vrai que le relativisme des valeurs a gagné du terrain. Ce n’est pas par principe une tare et cela n’exclut pas la nécessité de la délibération raisonnable pour discriminer les valeurs raisonnables de celles qui ne le sont pas. Parce que la laïcité de l’Etat et la démocratie offrent un espace pour ce débat, elles incarnent à mes yeux un niveau de civilisation supérieur aux espaces sociaux où une domination religieuse l’interdit.
Morale si l’on ne veut pas faire le deuil de l’universel et de l’absolu or la morale peut se passer d’un fondement divin. Kant disjoint, comme vous le savez la morale et la religion. Celle-ci ne fait que formuler comme commandements divins ce que la raison, en chacun de nous, nous fait connaître comme nos devoirs. La grandeur de Kant me semble être de souligner que la moralité ne se définit pas par une matière, un contenu mais par la nature de l’intention et l’universalisation possible des maximes de l’action.
La morale rationnellement fondée me semble préférable à une morale religieuse en tant qu’elle est synonyme d’autonomie mais la promotion en chaque homme de la raison est chose aussi difficile et rare que la véritable foi chrétienne. Dans les deux cas il y va d’une certaine forme de sublime et les grandes choses sont par définition rares. Mes concitoyens ne me semblent donc ni plus ni moins immoraux aujourd’hui qu’hier. Les moeurs sont seulement plus permissives et ce qui se faisait sous le manteau hier se pratique maintenant au grand jour. Moins d’hypocrisie donc mais les petitesses humaines sont toujours les mêmes et les grandeurs aussi.
Le salut n’est pas dans les religions. Celles-ci n’empêchent pas les gens de cesser de s’aimer, d’avoir des tendances suicidaires ou des préférences sexuelles différentes de celles de la majorité. Elles peuvent donner des raisons de vivre mais elles n’ont pas le monopole de cette fonction. Même si je n’ignore pas ce que je dois au message christique avec ce sommet qu’est “le Sermon sur la Montagne”, je sais aussi que les religions divisent les hommes, qu’au nom de Dieu on peut leur faire faire des choses terribles. La place de Dieu dans le monde, c’est celle de l’exigence morale jointe à la bienveillance à l’égard de nos semblables. Efforçons-nous de les honorer dans toutes les occurrences de notre vie. C’est le chemin vers le Royaume des Cieux qu’il faut surtout se préoccuper de faire exister sur la terre. Il me semble que s’il y a une vérité de notre époque, elle consiste à considérer que l’horizon de la vie humaine est un horizon terrestre, rien que terrestre.

