déc 20 2008

Le monde du rugby : une critique

Catégorie : Féminisme, Lecture, RugbyLéna @ 19:29

Gare de Lyon, 6h30 du matin. En prévision d’un long trajet en train vers Nancy, j’investis dans des lectures de fille : The Economist special 2009 et Le monde du Rugby spécial Stade Toulousain.

J’ai été extrêmement déçue par ce magazine. Beaucoup de pages avec de (très belles) photos mais des commentaires dignes de la pire gutter press et des présentations des joueurs toulousains que même moi je peux fournir des informations moins réchauffées (ah bon, Bouilhou il est très bon en touche mais il manque de reconnaissance internationale ?) ou des analyses plus précises (non, la charnière au Stade Toulousain c’est pas Ellisalde-Skrela et sinon Kelleher-Michalak, c’est qui on peut aligner suivant les blessures/repos et quand on a le choix ça dépend de l’adversaire, il y a quand même comme autres combinaisons possibles Ellisalde-Du Toit, Ellisalde-Michalak, Michalak-Du Toit, Michalak-Ellisalde, Michalak-Skrela, Michalak-Du Toit, Kelleher-Ellisalde, Kelleher-Skrela et Kelleher-Du Toit). Bref, un contenu assez pauvre.

Mais le pire pour moi, ce sont les réflexions qui n’ont rien à voir avec le rugby et qui se trouvent dans le magazine, comme cette photo d’une femme d’une quarantaine d’années obèse avec pour titre « question pour les hétéros : préferiez-vous Brad Pitt ou elle pour une heure de corps à corps ? » ou la pleine page avec une fausse blonde à forte poitrine, maquillage criard et mini-jupe avec comme sloggan « Je suis la mère noël et j’adore sucer les glaces au chocolat » pour vendre… un abonnement au magazine ! Je ne comprends pas comment cela peut faire vendre et j’ai même envoyé un mail que je mets ici :

Bonjour !

Passionnée de rugby et abonnée au stade toulousain depuis cette année, j’ai découvert votre magazine par hasard dans une gare et je l’ai acheté histoire de passer les quelques heures du trajet en compagnie de nouvelles de l’ovalie.

Mais visiblement, je ne suis pas la coeur de cible de votre magazine vu que vous vendez votre abonnement à l’aide d’une femme très mince, en mini-jupe, bronzée, huilée, sur-maquillée, à large poitrine largement décolletée et « suçant une glace au chocolat ». Dommage, car visiblement vous avez de très belles photos d’actions et de joueurs en stock qui auraient pu illustrer de manière plus lisible votre produit. En voyant cette pleine page, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une publicité pour une ligne de sexe téléphonique.
Je pense qu’il est possible de faire de l’humour un peu décallé pour Noël et de rester lisible, comme l’a fait le Stade Toulousain en mettant Novès, Kelleher et Michalak en vitrine devant une maman et son fils émerveillés.
En espérant que ce n’était que le signe d’une faille de créativité qui vous a fait recourir à la technique éculée de l’utilisation d’une « belle » femme pour vendre (ce qui fait déja vendre des yahourts, des voitures, du matériel informatique, de la lingerie féminine et j’en oublie) et pas un signe de votre ligne éditoriale.

Amicalement,

J’attends de voir leur réponse pour savoir si je dois brûler tous leurs prochains numéros que je verrai en kiosque et m’introduire chez les rédacteurs avec ma faucille de féministe extrémisteTM ou juste ne plus jamais leur donner d’argent :)

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nov 28 2008

Faut-il ajouter le féminisme au mouvement lesbien, gay, bisexuel, transgenre/sexuel, intersexe et queer ?

Catégorie : Féminisme, LGBTIQ, RéflexionLéna @ 3:16

Ce n’est qu’une question rhétorique. Je suis persuadée que oui et vais expliquer pourquoi.

Tout d’abord, je vais expliquer pourquoi la gay-pride est devenue la marche des fiertés lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans. Le but est logiquement de montrer la richesse des sexualités. Les homos ne sont pas un groupe uniforme et homogène mais au contraire multiple. Lesbiennes et gays ne vivent pas les mêmes choses, ne subissent pas la même oppression. Par exemple, je ne crois pas que les couples d’hommes se fassent souvent dragués par une femme leur proposant un plan à trois. Les personnes bisexuelles, invisibilisées de part et d’autre (nous sommes souvent considérées comme des hétéros cherchant à faire cool ou des homos n’assumant pas et cherchant à garder les privilèges de la norme) ont aussi besoin d’être nommées pour prouver leur existence. C’est d’ailleurs pour cela que je n’aime pas le mot « transpédégouine » car il invisibilise les bis. Et les trans, alors ? D’ailleurs, c’est quoi la différence entre transexuels et transgenres ?

J’ai l’impression que plusieurs d’écoles s’affrontent. Je vous livre ma définition personnelle et j’espère que les commentaires chaufferont si je dis des bêtises. Pour moi, une personne transexuelle est une personne ayant changé de sexe, donc ayant femellisé ou mâlisé son corps, par des hormones et éventuellement une opération chirurgicale. Certaines personnes estiment que le qualificatif de transexuel ne s’applique que pendant la transition d’un sexe à l’autre et qu’une fois celle-ci terminée, on est plus trans. D’autres rejettent totalement ce mot. Transgenre désigne en revanche les personnes n’ayant pas l’identité de genre attribuée à la société par le départ. Dit autrement, les mâles humains ne se sentant pas homme et les femelles humaines ne se sentant pas femme, indépendant de tout habillement ou transformation physique. Le mot transidentités est aussi utilisé pour désigner l’ensemble des trans et souligner les grandes variations de vécus et d’expérience d’une personne trans à une autre.

Que font les trans au milieu des revendications homosexuelles ? Est-ce que mélanger les questions d’identité de sexe et de genre avec celles d’orientation sexuelle ne serait pas contre-productif car mélangeant des problématiques différentes et entretenant la confusion chez monsieur tout le monde ? Je ne pense pas. Déja, parce qu’on ne peut pas séparer les trans de la communauté homo. Certains trans se définissent d’abord comme homo pour se rendre compte ensuite que certes ils sont attirés par « le même sexe » mais qu’en réalité ils sont « du sexe opposé ». Ensuite, parce que ce qui a fondé la marche et est considéré comme le coup d’envoi du militantisme LGBTIQ, ce sont les émeutes de Stonewall et qu’à cette occasion se sont révoltés à la fois des homos et des trans. Le font commun est donc historique. Enfin, parce que l’ennemi est le même : la croyance en la complémentarité des sexes et que chacun doit avoir un rôle déterminé.

C’est sur cette base de l’ennemi commun que c’est greffée la lutte intersexe. Une personne intersexe ne rentre pas dans l’une des cases mâle ou femelle. Elle est un peu des deux, ou ni l’un ni l’autre. On voit bien en quoi la lutte pour la reconnaissance des intersexes s’oppose à l’idée de complémentarité des deux sexes, vu qu’elle demande la reconnaissance d’une quasi-infinité de sexes possibles, allant du pôle mâle au pôle femelle.

Enfin, le queer est une forme d’aboutissement de la lutte, puisqu’il vise à briser les liens qu’il peut exister entre pratiques sexuelles, orientations sexuelles, identité de genre, genre et sexe. Parmis les exemples d’amalgames combattus par le queer :

  • Pratique sexuelle / orientation sexuelle: Un homme aimant se faire sodomisé est forcément homosexuel.
  • Pratique sexuelle / identité de genre : Un homme aimant se faire pénétré est en fait une femme.
  • Genre / identité de genre : Une personne masculine est forcément un homme.
  • Genre / orientation sexuelle : Une lesbienne est forcément masculine.
  • Sexe / identité de genre : Quand on a un vagin, on est une femme.

Selon moi donc, le féminisme, au moins celui qui est culturaliste, c’est-à-dire celui qui pense que les différences entre les hommes et les femmes viennent d’une éducation et plus généralement d’une sociabilisation différente et non de la nature via le chromosome Y ou les hormones, devrait se joindre à la lutte. Car l’ennemi, l’hétérosexisme ou croyance que « les deux sexes sont complémentaires », est commun. Faire front commun ne veut pas dire nier les différences de vécu. Une femme hétérosexuelle ne vivra pas les mêmes choses qu’un transgenre ou une lesbienne et il est important de garder des groupes de réflexion homogènes pour identifier et verbaliser l’oppression vécue. Mais si déjà tous les LGBTIQF pouvaient se sentir solidaires d’une même cause générale, cela serait un grand pas en avant pour l’égalité.

On pourrait aussi rêver d’une solidarité avec tous les autres opprimés : gauchers, handicapés, musulmans, juifs, gros, moches, pauvres mais je crains que ce ne soit trop utopique.

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oct 29 2008

Lesbienne et anti-féministe

Catégorie : LGBTIQ, militantismeLéna @ 19:27

Le militantisme apporte beaucoup de joies. On peut mettre enfin des mots sur ce que l’on ressent, sur ses convictions, on rencontre des gens qui les partagent, mieux, les approfondissent, les interrogent, les retournent. Et aussi à notre tour, on se prend à se dire qu’on participe à créer un monde un peu meilleur.

Seulement militer, surtout contre les discriminations, c’est prendre une conscience aiguë de leurs existences. Et pas uniquement des discriminations visibles mais aussi des plus sournoises, plus larvées, plus acceptées aussi. C’est prendre conscience des effets néfastes de certaines idées. Que par exemple prêter un immense pouvoir de séduction, de tentation aux femmes conduit à les enfermées dans des vêtements-cages.

Il est alors dur de rentrer dans une communauté lesbienne et y trouver plus d’anti-féminisme que dans une école à 90% masculine avec soirées « gratuites pour les filles », strip-teaseuses et « bombes de la semaine » pornographiques dans le journal. Dur de voir ces filles se faire importuner en soirée plusieurs fois par des gros lourds, parler des pressions de leurs parents pour qu’elles enfantent à leur tour, et affirmer ensuite que l’égalité, on l’a ! Dur de voir qu’elles ne se sentent même pas concernée par la lutte contre les discriminations qu’elles se prennent elles-mêmes. Et c’est d’autant plus dur quand on a lu Butler et Wittig avant et qu’on croit naïvement que leurs idées sont représentatives de la communauté.

Heureusement pour moi, ni l’homophobie ni l’essentialisme n’ont leur place dans mon asso féministe. Mais malheureusement, cela ne me suffit pas. J’ai envie de découvrir le milieu homo et je ne veux pas que ça se limite à un samedi soir dans une boite gay (où je me suis beaucoup plus amusée qu’à toutes les soirées étudiantes jusque-là, d’ailleurs).

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oct 03 2008

Semaine noire

Catégorie : Actualité, Féminisme, Geekeries, Quotidien, militantismeLéna @ 2:39

Promenade dans les rues de Toulouse. Passage devant une affiche pour le « salon top recrutement ». Une dizaine de silhouettes stylisées, une seule féminine.

 

Métro ligne B, station Compans Caffarelli. Affiche très sombre, avec juste une lueur sur le centre, montrant des jambes de femme minces dans des chaussures et collants noirs, allongés dans un escalier. L’image m’évoque la violence faite aux prostituées mais il s’agit d’une pub pour une marque de mode.

 

Jeu en ligne pour se changer les idées, toujours à Regnum Online. Je suis une fière tireuse d’élite de l’Order of Daggers. Jusqu’à ce que je tombe sur un adversaire ayant comme rang « violeur de l’Order of Daggers ». Je signale sur le forum que ce nom me gêne, on m’accuse de faire du politiquement correcte, d’être liberticide, de n’avoir pas de vie et de pleurer pour rien.

 

Aujourd’hui, j’ai crée l’agenda Google de l’association féministe mixte Mix-Cité Toulouse. Est-ce que ça va contribuer à changer le monde ?

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sept 14 2008

Sexisme ordinaire

Catégorie : Féminisme, RugbyLéna @ 8:17

Deux jours de suite, deux petites phrases qui ne sont pas passées.

 

La première, prononcée pendant mon jury d’école qui a prononcé mon redoublement. Même s’il y aurait beaucoup à en dire, je préfère m’abstenir ici (mais ne me gênerai absolument pas par mail, messagerie instantanée, IRC ou facebook). Donc, parmis tout ce qu’il y a pu être dit, il y a eu une remarque qui ressemblait à celle-ci « certes vous aviez eu des circonstances difficiles dans votre vie privée mais vous devez apprendre à concilier le privée avec le professionnel, sinon comment feriez-vous à la naissance du premier enfant ? » J’aurais du répondre, « comme n’importe qui, j’apporterai des fleurs à la maternité ».

 

La seconde, prononcée dans un magasin d’articles de sport. Je voulais des chaussures de rugby pour moi. Le vendeur a demandé à mon copain ce qu’il voulait. Epic Fail. Je suis allée voir chez l’enseigne d’à côté si l’air y était moins sexiste.

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